Alexander Androv
Poème

Je ne parle qu’à toi

Alexander Androv

Première publication: 17.03.2009 · Photo: muhammad.abdullah / Freepik

Traduit du bulgare · Говоря с тебе само

Je ne parle qu’à toi,
parce qu’il n’y a personne.

Autrefois les spirales
on ne les faisait pas
pour que nous scrutions
leurs courbures,
mais pour que nous glissions
dans les virages
et que, sans la sensation
d’arêtes vives,
nous descendions
vers le bas,
nous montions
vers le haut.

Je ne parle qu’à toi,
quand il n’y a personne.

À la place du troisième tableau
dans le triptyque de nos échanges
on a posé, pour de faux,
nos présents communs.
Mais nous nous connaissons
et nous ne croyons pas
qu’il existe un troisième lieu,
ou un troisième temps,
puni par quelque
barbouillée et ridée
et inconnue,
et étrangère et forcée
et bouffie,
et qui guette, les yeux exorbités,
derrière ses propres inventions,
troisième personne fardée
de l’un des nombres.

Je ne parle qu’à toi,
dès que je sens qu’il n’y a personne.

Et la plupart du temps je touche
négligemment quelques objets.
Juste pour jouer avec quelque chose
pendant que je te parle,
pendant que je range des étagères
et pendant que je m’arrose la main
de l’eau qui déborde de la cafetière.
Ce n’est qu’un tressaillement fortuit, cette rencontre.
Un regard fugace dans l’obscurité.

2009