Emploi du temps
Alexander Androv
Traduit du bulgare · График
Bon, là, j’écris tranquillement mon scénario.
Il n’est pas très intéressant,
mais je le recopie.
Souvent.
Je le froisse et je le jette.
Je m’assieds pour réfléchir tranquillement
dans « le temps d’entre »
(les écritures et les froissures)
et je me rassieds pour écrire mon scénario.
Mais en fait je m’imagine que je le mets en scène.
Puis je froisse et je sors vite.
Je marche sur des dalles quelconques
et j’écoute de la musique.
Je me demande pourquoi je boite un peu.
Je m’assieds pour boire de l’eau.
Je regarde le chien aux pieds
d’une femme.
Je reviens et je m’assieds pour écrire.
« Conditions générales d’utilisation du site ».
Je me lève (mais je ne peux pas les froisser...)
Je me fais un ikebana.
(Non. Ça, je ne fais que l’imaginer.)
Je traduis deux pages.
J’ai envie de sortir.
Je sors. Mais seulement sur la terrasse.
Je reviens. Je lis.
J’arrête de lire.
J’ouvre ma banque en ligne.
Je fais un virement.
Je vérifie si j’ai reçu de l’argent.
Je bois de l’eau et j’écoute de la musique.
40 fois une chanson,
40 fois une chanson, 40 fois une chanson, 40 fois.
Ben oui. Elle m’a plu.
Je sors la poubelle,
je m’achète des cigarettes et du café.
Je fume et je bavarde avec la vendeuse.
Je lui explique le sens des cas grammaticaux.
Je sens que je fais une erreur
et je décris les fonctions de l’accusatif.
En allemand.
Je reviens et je m’assieds pour lire une nouvelle.
Bof... . Pas envie de lire.
Je m’assieds pour écrire un chapitre d’une autre histoire.
Mais il me trotte dans la tête un distique
d’un sonnet irrégulier. Je ne bois pas d’eau et je ne le note pas.
Je regarde une interview. 20 femmes expliquent à quel point les hommes sont artificiels. De temps en temps on passe une voix d’homme. Aucun homme ne participe.
Bah, les absents ont toujours tort...
Puis je regarde une interview.
Une fille explique à la télévision
qu’elle a jeté sa télé il y a plus d’un an.
Sérieusement.
Et moi, je l’ai regardée jusqu’au bout.
Je bois de l’eau. Avec des cachets. Je sors.
Je reviens et je m’assieds pour rédiger une fiche de poste.
Je ne la finis pas. Je ne l’ai pas encore inventée.
Je me cherche de la musique.
Je me souviens de la chanson et je l’écoute 80 fois.
Je crée une base de données.
Je regarde par la fenêtre et je l’optimise.
J’écris de la logique métier.
Je crée de la logique métier.
Je cherche la logique dans la logique métier.
Je bois de l’eau.
Je rêve de quelque chose de parfumé.
Je passe un coup de fil.
Je parle. J’écoute.
Puis je m’assieds pour boire de l’eau.
J’examine la structure d’un serveur
et j’écris trois mails.
Je les envoie et je me lève pour marcher un peu.
Je boite et je me gratte.
Il faut que j’aille chez le dentiste.
Mais je n’ai pas envie d’y aller, alors je me gratte.
Tout en me frottant les yeux
j’essaie de boire de l’eau.
Et je m’étrangle, évidemment.
Je pense à ce que les Japonais ont de plus précieux.
Le sommeil.
Mais je n’ai pas sommeil.
J’écris quelques lignes.
J’installe quatre programmes.
Je me remémore des proverbes médiévaux.
Je joue à un jeu vidéo.
(Il faut que je passe la voiture au contrôle technique).
Mais je n’ai pas envie d’y aller, et je n’y vais pas.
J’appelle et je parle.
Je bois de l’eau.
Je n’ai pas sommeil.
Je m’assieds et j’écris quelque chose.
J’allume et j’éteins la radio.
Je décroche le téléphone. Deux fois.
Je me fixe deux rendez-vous de travail.
Et un par curiosité.
Je regarde une façade quelconque.
Je m’imagine que je fais du vélo.
Je lis, je pense et je cherche la logique du salut par la beauté.
Je me lève et je sors.