De la cendre sous les pieds
Alexander Androv
Traduit du bulgare · Пепел по ходилата
Je fixe tes plantes de pieds calcinées, mon ami.
Tu as encore confondu l’eau et le feu ? Non que nous n’aurions pas coulé...
Mais enfin... voilà que le navire approche déjà du port.
Chausse-toi. Pose les linges blancs sur les braises.
Qu’ils noircissent. Ou plante ta croix au milieu de la vigne.
Et ensemble nous effraierons les vendangeuses. Et les corneilles.
Mais enfin... quels chapeaux de paille nous avons préparés...
et comme le navire approche déjà du port.
Nous sauterons sur le quai, souriant jusqu’aux oreilles.
Les mèches sous les visières. Nous courrons vers le couchant.
Nous nous roulerons dans le sable et nous laverons dans l’eau.
La salée. Pour que le sel en ait mal. De solitude. Quand nous sécherons.
Quand nous errerons dans la braise. Dans la lave. Dans la gueule du volcan.
Dans l’œil de l’ouragan. Dans le calme splendide de la tempête souveraine.
Il n’y a de cendre que sous les pieds. C’est l’eau, mon ami, que nous changeons en cendre.