Restauration
Alexander Androv
Traduit du bulgare · Реставрация
Je ponce la peinture écaillée
de cinq couches
et j’écoute le ressac du sable.
Et j’ai envie de hisser les voiles,
que le soleil me fasse un clin d’œil
et de fendre la vague
et que sa crête verse un sang blanc.
Je raccommode les voiles bleues
de l’unique mât,
et les pins poussent à même le sable
et à travers les jambes de mon pantalon.
D’heure en heure je jette l’ancre plus au large, plus au large —
j’aime ensuite la remonter et appareiller
la nuit, pendant que mes mains se reposent de l’aiguille.
Je cloue des planches tordues
dans les brèches tordues de la coque,
et les mouettes jouent et me jettent un coup d’œil
et attendent de m’emmener vers le grand large
et de crier « adieu » aux sables incertains,
Il fait bon avoir 90 mètres de bleu en dessous
et pas de pardon.
Je coupe des cordages et je fais des nœuds
Je noue aussi l’impatience dans la bourse
des escargots de mer. Nous faisons la course.
Et la sirène de la baie voisine
croit que je traîne par ici pour elle.
Elle n’a pas de bateau. Elle ne sait pas
que mon voyage a levé l’ancre depuis longtemps.
Et bien que je lime l’hélice avec une lime rouillée
je suis déjà auprès de mes amis,
et auprès de ceux qui partent au large
et qui reviennent
et auprès des autres je suis déjà.