Portraits. Femmes en blanc
Alexander Androv
Traduit du bulgare · Портрети. Жени в бяло
Droite, vêtue de blanc.
Les bras croisés sous la poitrine.
Un petit sac bariolé sur l’épaule.
Elle chantait joliment et tristement. Elle s’arrêtait à d’étranges endroits.
Tantôt avec mille ornements dans une chanson d’enfant,
tantôt laissant aller sa voix en long et en large.
Vers le haut et vers l’orient.
Dans le rythme traînant des Tsiganes du Don.
De chanson en chanson…
Et derrière son dos coulait l’eau
des fontaines près des Halles centrales.
Et les gens qui rinçaient leurs bouteilles
levaient les yeux un instant avant de baisser à nouveau la tête.
« Comment ça ? Qui chante comme ça ? Dans la rue, devant les tramways.
Les fous seulement. Il n’y a que les fous qui chantent là. »
Puis certains remarquaient la petite boîte
avec quelques pièces à ses pieds
et cessaient d’entendre la chanson.
Ils s’étonnaient un instant
de voir combien pouvaient être propres les vêtements blancs
d’une mendiante.
« Mais même les fous, même les fous qui chantent,
peuvent s’inventer des excuses. »
Il est si facile d’excuser sa chanson
par un peu de faim et de besoin.
Les autres vous laissent aussitôt en paix.
Tu leur as expliqué pourquoi tu es là.
Et cela leur suffit.
La chanson n’a pas d’importance.
Une petite fille vêtue de blanc
s’accouda au parapet pour écouter
le murmure de l’eau et la folle mélodie de la vie.