Chanson pour le bon Romain et les feuillets de son carnet
Alexander Androv
Traduit du bulgare · Песен за добрия Ромен и листата на неговия бележник
Au nom de Romain Gary ou de l’un de ses pseudonymes.
Comment t’es-tu installée chez moi ?
Avec ta gentille petite sottise.
Avec le charme de tes gestes
quand tu sortais du lit.
Nous nous promenons encore sur les plages retirées de Rio.
Loin de ta dernière cuite et de mon dernier
coup de pistolet.
Au milieu du sable qui nous enchante.
Et les yeux tournés vers le scénario romantique
de nos années ensemble.
Mais je dois te laisser dans ce plan.
Mon bureau a gonflé de feuilles blanches.
Mon cabinet de travail, bizarrement, n’est pas jaloux de toi.
(Cela aurait-il dû me rappeler que mon désir de relations parfaites
est mon illusion, mais aussi celle de tout le monde ? Que je me mens en parfaite conscience,
que j’ai besoin de chacun de mes mensonges, parce qu’ils sont mille fois plus vrais
que les réelles et rationnelles gouttelettes d’huile sur le canon de ta bouteille vide
et que les mots par lesquels te décrit la gorge du revolver à sec.
Maudit cabinet-moi. Et maudit bureau-moi. Je ne veux pas être mots-moi.
Je veux être film-moi.
Ha, et alors ? Je m’enfuirai sans assurance et reviendrai, coupable, à moi-même-moi. Pas moyen de bouger. Pas d’évasion. Seulement évasion-moi. Ça ne me sert à rien.
Posons encore une fois. Cette photo de Rio fera bien dans un cadre rectangulaire.
Où es-tu ?