Isabela s’en va vivre dans la maison… 1.
Alexander Androv
Traduit du bulgare · Исабела отива да живее в къщата... 1.
Elle descendit l’escalier en traînant un peu les pieds sous le poids du grand sac de voyage. Elle ouvrit la porte et se retrouva rue Josep Bertran. Elle se retourna, étonnée, et regarda la porte se refermer.
Puis elle sembla revenir à elle. Elle traversa la rue d’un pas affairé et coupa par le petit parc qu’elle regardait depuis des années du balcon de chez elle. En fait, depuis toujours. Quelques minutes plus tard, elle plongea dans le vacarme de l’Avinguda Diagonal. Le soleil du matin se colla à ses bras et elle se mit à marcher d’un pas plus assuré. Elle devait parcourir quelques kilomètres jusqu’à la place Pie XII, puis continuer jusqu’à la Casa de Maternitat. De là, l’adresse qu’elle tenait à la main, glissée dans la poche de son gilet, n’était pas loin. Elle avait estimé qu’il lui faudrait environ une demi-heure pour faire le trajet à pied.
Au bout d’une heure environ, elle se tint devant la vieille maison. Elle l’examina d’un coup d’œil, laissa tomber son sac devant le seuil et frappa. Elle connaissait cette adresse depuis plus d’une semaine, mais la décision de venir lui avait pris plusieurs jours. Personne n’ouvrit. Rien n’indiquait que quelqu’un eût entendu frapper. Elle frappa de nouveau. Puis encore une fois. Rien. Elle leva la main et appuya sur la poignée de la porte. C’était fermé à clé. Elle poussa un peu plus fort. Elle ne parvint même pas à la faire grincer. La massive porte à deux battants, haute de plus de 4 mètres, n’était pas hospitalière en ce matin de mars. Elle se pencha, reprit son sac et contourna la maison par la droite. À hauteur de son visage s’alignait une rangée de fenêtres, bien couvertes de journaux et de feuilles délavées de papier cadeau. On y distinguait çà et là des rennes de Noël, des petits cœurs et des fleurs. Au ras du trottoir, de petits soupiraux éclairaient modestement le sous-sol. Isabela poursuivit son tour et, arrivée à l’angle, vit que l’un des soupiraux avait une vitre brisée. À sa place, quelqu’un avait fourré deux morceaux de carton, comme pour prouver que l’on prenait soin de la maison, toute vieille qu’elle fût.