Alexander Androv
Prose

Jolge Buis Morgès

Alexander Androv

Première publication: 07.04.2014 · Photo: wirestock / Freepik

Traduit du bulgare · Холхе Буис Морхес

Il n’y avait plus rien à penser.
Toutes les pensées avaient été pensées.
Tous les mots avaient été rangés
de toutes les manières possibles.

Puis les chiffres aussi.
Puis les lettres qui ne formaient de mots dans aucune langue.
Et enfin tous les sons pour lesquels il n’y avait pas de lettres.
Et après la fin — tous les nombres possibles pour lesquels on n’avait pas inventé de chiffres.
D’innombrables fois.
L’infini élevé à une puissance infinie.
Comme le soupçon d’un zéro à la fois existant et inexistant.

Il n’y avait plus rien à faire.
Tout, tout, tout, tout
avait été fait
de toutes les manières possibles,
en tous les lieux possibles
et à tous les instants possibles.
(et en tous les lieux et instants impossibles…)
(quelques innombrables fois).

Les choses qui ne se faisaient pas et n’arrivaient pas
ne s’étaient pas faites et n’étaient pas arrivées
d’aucune manière et de toutes les manières…

Les jours étaient passés.
Les nuits s’étaient écoulées.
Et puis encore. Et puis encore…

Il n’y avait plus rien à ressentir.
Toutes les couleurs des sentiments
avaient été pétries de toutes les manières possibles
en toutes tailles et dimensions
(et puis encore)
(mais le nombre possible et impossible des répétitions était épuisé lui aussi)

Tous étaient nés, avaient vécu et étaient morts.
Tous s’étaient réincarnés en tout ce qui était possible
(et pas une seule fois…)

Il n’y avait jamais et nulle part rien ni personne…
… et tout et tous étaient partout et toujours.

… ce qui fut une chose nouvelle le temps d’un bref instant.