Alexander Androv
Essai

En promenade

Alexander Androv

Première publication: 31.08.2013 · Photo: wirestock / Freepik

Traduit du bulgare · На разходка

C’est peut-être un essai. Mes catégories boitent un peu.

Je n’en veux pas, de ces histoires. Je n’en veux pas. Elles ne me disent rien. Et moi je ne leur dis rien. Je ne les écoute pas et je ne leur parle pas. Alors faisons preuve de tolérance mutuelle et laissons-nous en paix.

Moi je pars me promener, et elles restent ici. À mon retour, j’aimerais qu’elles n’y soient plus. Si possible… Oui. Qu’elles déguerpissent.

Pourquoi je ne le leur dis pas en face ? Elles n’écoutent pas. Elles sont si occupées à se raconter qu’elles n’ont pas le temps d’entendre autre chose.

Voilà que je me promène déjà sur une prairie quelconque et je sens avec délice leurs mots s’éteindre derrière mes talons… Pas, pas, pas, poum, poum, poum… On ne les entend déjà plus du tout. Maintenant elles vont essayer de me retrouver, parce qu’elles préfèrent avoir des auditeurs. Égoïstes arrogantes. Elles se fichent bien d’être pour moi ennuyeuses, inutiles et pénibles. La seule chose qui les intéresse, c’est qu’il y ait quelqu’un pour les écouter. Et elles insistent : ce n’est pas poli de ne pas les écouter. Je m’en fiche, dirai-je. Elles m’ont fait perdre tant de temps à les écouter que j’en ai la nausée de moi-même. Mais c’est fini. Merci bien, dirai-je à cette culture et à une telle éducation… Histoires narcissiques, plates et creuses. Bla-bla, patati-patata… Adieu, et si je les entends encore derrière un coin de rue seriner comme un orgue de Barbarie détraqué, je les tondrai court, je leur barbouillerai le maquillage et le reste de leurs couleurs, leurs phrases et leurs exclamations, qui s’échinent à cacher qu’elles ne racontent rien, qu’elles n’ont pas d’histoire…, rien que des mots.